Une journée en scooter autour d’Ubud

Aujourd’hui, on se dépêche de se lever, il fait beau les matins et autant en profiter ! Nous avons commandé un petit déjeuner local : Black Rice Pudding. C’est du riz noir mariné et cuit lentement. Le résultat est une sorte de risotto sucré et crémeux, avec des copeaux de noix de coco sur le dessus. C’est bon !

Nous négocions rapidement le scooter aux gars de l’hôtel. Ce n’est pas tâche difficile, suffit d’annoncer le prix normal (50000 la journée, ils avaient tenté 70000 les bougres), et nous sommes parés casques sur la tête à partir !
« Il n’y a pas d’assurance en Indonésie, s’il vous arrive un truc, vous passez au garage et vous réglez ». Euh, ok, on croise les doigts alors. « Pour l’essence, passez aux stations service plutôt qu’aux vendeurs du bord de la route, c’est moins cher. Et demandez 15000 roupies de plein ». Ah ok.

On file donc dans les rues d’Ubud, Emi à l’arrière, et moi au guidon ! Les quelques premières centaines de mètres je me familiarise avec le poids du scoot, ça n’a quand même rien à avoir avec un vélo. Surtout avec deux personnes dessus ! Mais ça se conduit tellement simplement. Et hop, je me fonds dans la circulation chaotique asiatique. Après mes expériences au Cambodge, c’est cela dit assez simple ici.

Zouh, la prochaine étape est la station service et… c’est 28000 après le plein, affiché sur la pompe. Ah, bon.
Ce n’est que plus tard que j’ai un affreux doute, et sens que j’ai du me faire rouler, le gars n’avait pas du remettre la pompe à zéro avant de me servir… Tsss erreur de débutant.

Goa Gadjah

Plein Est d’Ubud, nous arrivons à notre première étape : le temple de Goa Gadjah, temple des éléphants. « Park here, park here please ! » on avait lu que le parking était payant ici, finalement ce n’est pas le cas mais toutes les femmes tenant des échoppes de sarong s’empressent de nous faire garer devant la leur pour ensuite nous proposer une boisson ou un « sarong, c’est obligatoire pour entrer dans le temple ! »
On ne se fait pas avoir, et nous empruntons les sarong mis à disposition des visiteurs à l’entrée 🙂

Le long escalier descend en contrebas vers le temple. Tout le complexe avait été laissé à l’abandon pendant des siècles et n’a été rouvert au public qu’en 1923, et restauré en 1954 par les Hollandais (toujours eux).

Entrée de Goa Gadjah

En plein centre, deux bassins avec des statues tenant des barils dont jaillissent quelques filets d’eau. L’élément le plus connu du temple étant une nef creusée dans la roche, dont l’entrée sculptée est impressionnante : il faut passer par la bouche d’une grosse figure (Boma) qui fait peur pour pénétrer dans la crypte troglodytique où sièges des divinités sur trois petits hôtels. Il fait encore plus moite dedans que dehors, alors on ressort vite fait bien fait.

Pour les Hindous « Boma » (ou « Kala », ou encore « Kittimukha » en sanscrit) est le fils du dieu des eaux Wishnu et de la déesse de la terre Parwati.

Un temple « classique » avec ses pagodes, salles de rassemblement et pièces logistiques (cuisine, toilettes, etc.) jouxte les bassins aux statues. Nous nous éloignons un peu plus loin pour suivre la rivière et descendre vers un mini temple bouddhiste (où un moine veut nous bénir moyennant un billet. Nada !) A défaut d’être subjugué par ces temples, nous aimons l’endroit dans la jungle, avec des plantes colorées jalonnant les escaliers et chemins de pierre.

Bassins de Goa Gadjah

Yeh Pulu

Allez, c’est décidé, tentons de sortir des sentiers battus. Je regarde la carte du coin et aperçois un petit temple au milieu de nulle part. Zouh allons-y. Je sors le scooter du trafic de la route principale et nous pénétrons dans les rues étroites d’un petit village, où il faut éviter nids de poules et poules bien vivantes.

Une vieille dame vient quémander un droit de parking dérisoire (2000 roupies). Nous posons les casques, achetons le droit de passage au temple, déclinons l’offre d’un guide local pour un trek dans les rizières avoisinantes et partons le pique-nique dans le sac.

On ne croise qu’une touriste ! Effectivement, on est hors des sentiers battus. Un artisan sculpteur de souvenirs qui a installé son petit atelier sur le bord du chemin nous tape la discute. Cela n’a pas l’air d’être simple de vivre d’art part ici il n’y a vraiment pas grand monde, et c’est désolés que nous lui achetons rien (c’est joli et pas cher, mais il faut vraiment qu’on fasse du vide dans les sacs à dos avant de pouvoir s’alourdir à nouveau).

Yeh Pulu

Le petit temple du XIVe siècle est minuscule. Mis au jour en 1925, il est constitué de vingt cinq mètres de bas-reliefs sculptés à même la pierre qui présentent des scènes de vie courante et divinités. Yeh veut dire eau, et Pulu bassin, mais même en cherchant on n’a pas trouvé de vasque dans les sculptures. Une mémé édentée arrive avec un grand sourire pour nous asperger d’eau avant de nous montrer l’urne au pied de Ganesha (la déesse à la tête d’éléphant). Euh… on a déjà payé l’entrée non ?

Ce fut bref, mais les conseils du guide ne sont pas tombés dans les oreilles de sourds. Une porte basse à l’arrière du temple mène dans la jungle. Nous suivons sur quelques dizaines de mètres un sentier (enfin parait-il), en faisant attention de ne pas glisser sur la terre argileuse, fermons les yeux face à une cascade entourée de déchets plastiques, et… tombons sur des rizières en terrasse !

Hop hop hop, nous longeons le bord des terrasses emplies d’eau et de jeunes plants de riz, et grimpons en altitude. Il faut chaud et la faim arrive. Alors quoi de mieux que de se poser dans un abri en bambou dans ces rizières, tels des travailleurs locaux ? D’ailleurs ces mêmes travailleurs locaux, en pause dans la cabane d’après nous regardent avec des yeux circonspects. Ce midi, c’est riz enveloppé dans une feuille de bananiers avec les restes de notre repas de gala de la veille. Miam !

Dans les rizières

Nous finissons de traverser les rizières, pendant que les agriculteurs enfoncés jusqu’aux genoux dans l’eau et la boue brûlantes (comment font-ils) plantent le riz avec le dos plié en deux (maintenant que nous avons travaillé dans les champs, nous compatissons doublement).

Route vers Tampak Siring

Nous revoici sur la selle matelassée du scooter, faible amortissement entre les soubresauts de la route et nos coccyx. Pas de doutes, nous sommes bien dans la zone dense de Bali. Les villages s’enchaînent en laissant peu de place à la nature ni même aux champs pour s’exprimer. Echoppes de toutes sortes, petits restos, maisons avec petits temples hindous.

Ça monte, ça monte, et nous arrivons à la fin de cette belle route large goudronnée : Tampak Siring. En avant pour les deux « attractions phares ».

Tirta Empul et ses eaux sacrées

C’est l’avantage de s’organiser seuls : en regardant la carte sur téléphone, nous tombons sur « Entrée dérobée du temple ». Ah ah ! Haha 🙂 Allons-y Alonso ! Au bout d’une impasse, nous posons le scoot’ et descendons un étrange escalier sans savoir où nous allons vraiment et nous enfonçons dans des portions sous-terrainnes. Un mélange de couloir de RER en banlieue Nord avec des filets d’eau qui tombent du toit et de chemins d’université entourés de jardins bien verts. Très surprenant. La fréquentation ? Nous sommes les seuls blancs, et il semblerait que ce soit le rendez-vous des jeunes couples adolescents qui doivent trouver ici le calme (à défaut de la romance) à leurs amours interdits.

Ah bien oui, ça descend au temple ! Avant qu’on ne nous remarque, nous enfilons un semblant de pantalon souple et un foulard autour de la taille et nous mêlons l’air de rien dans la foule au plus vite. Puis nous rejoignons l’arrière de l’entrée officielle pour attraper un sarong de prêt coloré. Zou, ni vu ni connu, ça a marché !

C’est noir (ou plutôt bariolé) de monde ! C’est dimanche et les locaux en profitent pour visiter, assister aux cérémonies des prêtres et participer à la purification.
Tirta Empul est un temple aux eaux sacrées et protégées. Plusieurs bâtiments hindous hérissés en petites pagodes sont autant de lieux de repos que logistiques. Au centre un prêtre dressé de blanc bénit l’encens, l’eau et le riz dos à une rangée de fidèles. Puis il éclabousse du bout des doigt cette eau sur chacun des membres de l’assistance avant de leur distribuer du riz qu’ils s’empressent de se coller dans les cheveux, au-dessus des oreilles, et entre les deux yeux. Les voir ensuite avec ce riz collé sur le visage vaquer à leurs occupations est tout à fait particulier. C’est cette surprise permanente que nous adorons en voyage : être étonnés des pratiques, tenter de comprendre et surtout accepter les différences sans arrières-pensées.

La deuxième partie du temple est la plus typique. De l’eau de source fait bouillonner le sable au fond d’un grand bassin. La clarté de l’eau et les algues teintent le tout d’un joli bleu vert. Cette eau sacrée est ensuite canalisée pour sortir par une multitude de petites fontaines. Les foules se pressent, habillées de sarong, plongées dans l’eau jusqu’à la taille pour ensuite s’asperger d’eau de chacune de ces fontaines.

Pélerinage à Tirta Empul

On enfile à tour de rôle la grande écharpe d’Emi (sarong improvisé) et nous mêlons aux locaux pour ce pèlerinage original. Des « Bule » (touristes blancs) font la même chose avec des guides, dans leurs sarong vert fluo, au moins nous passons davantage inaperçus ! Mais nous profitons des explications. Chaque fontaine guéri un mal particulier. Les premières sont pour le corps, puis l’esprit, puis l’âme. Une prière au mauvais endroit, et attention aux effets indésirables ! Nous verrons bien.
Ouch elle est fraîche ! Torse poil sarong flottant dans l’eau, je ne suis pas le seul à grelotter. Bien qu’il y ait une pseudo-queue, les familles n’hésitent pas à se passer les unes devant les autres, mais ce sont les cris, les rires et les sourires qui dominent ici. J’aime vraiment l’ambiance locale, les gros poissons qui m’effleurent, et la multitude de pétales de fleurs qui flottent sur l’eau. Je tente au hasard quelques prières devant les petites fontaines surmontées de pyramides d’offrandes, et croise les doigts pour ne pas me gourer ! ne s’agirait pas de devenir chauve demain 🙂

Purification

Nous rendons notre sarong, et rebroussons chemin par la « sneaky way ». Plus que d’échapper au prix du ticket, c’est l’adrénaline et l’aventure de passer inaperçu qui nous a bien plu !

Gunung Kawi

En avant pour l’autre joyau de la ville. « Sarong mister », « que voulez-vous boire ? », ça doit être touristique également…

Gunung Kawi

Nous descendons les longues marches le long des échoppes de souvenirs, jusqu’à déboucher au pied d’une gorge décorée de rizières et cocotiers. Tout en bas, les falaises ont été creusées et sculptées pour faire apparaître de grandes pyramides « Candi ». Sanctuaire, temple et résidence dans la nature avec quelques petites cascades. L’ambiance de fin d’après-midi et loin des villes rend ce lieu propice à la relaxation. Nous y prenons notre temps (comme d’hab) à déambuler parmi les vieilles pierres emplies d’histoires tandis que le prêtre prépare la cérémonie de la bénédiction pour un jeune couple et leur enfant aussi turbulent que désintéressé 🙂

Prêtre à Gunung Kawi

La remontée des marches est longue et fatigante sous la chaleur, et nous sommes admiratif devant les deux femmes devant nous.

Portage périlleux

Route dans la campagne

Quitte à conduire un scooter, autant en profiter. Alors nous partons nous perdre dans la campagne et les villages sur une route secondaire pour retourner à Ubud. Par Kedisan puis Pakudui nous traversons de belles rizières, des ponts au-dessus de gorges, des grandes forêts aux grands cocotiers, et des bastions de l’artisanat local. Les petits villages parfois en pierre sont emplis de petits temples décorés de fleurs. Et les échoppes vendent toutes la même chose : des sculptures en plâtre ou bois de divinités hindous. Leur confection manuelle est admirable !

Emi au volant

Rizières de Tegallalang

C’est déjà à la nuit tombante que… « Ici ici ! garez-vous là ! vous voulez des cartes postales ? » Pas de doute nous sommes arrivés aux rizières de Tegallalang. L’air bleu noir donne un air mystique à ces terrasses cultivées et fleuries qui bordent une gorge poilue de grands arbres. C’est joli !

Petit warung local

Arg, des gouttes, ça va flotter. Nous nous arrêtons dans un petit warung sur la route, négocions le prix et nous installons par terre aux petites tables. Nouilles sautés à la sauce soja sucrée, avec œuf et boulettes de poulet. Plat typique indonésien. Nous discutons avec un moment avec ce patron de warung fort sympathique qui pour une fois n’essaie pas de nous vendre des tours organisés et nous donne de bon cœur ses conseils.

Brochette au warung

Épique retour de nuit sous le déluge

Il est temps de reprendre la route. C’est le déluge. Cape de pluie sur le dos, les jambes, le crâne sous le casque, les sacs à dos, les trombes d’eau tentent quand même de s’infiltrer. Ce coup-ci la route descend en pente douce, et se transforme avec une rapidité déconcertante en torrent. Nous avançons doucement alors que des gerbes d’eau giclant de part et d’autre des roues. Toutes les odeurs disparaissent, mes lunettes se teintent de points flous lumineux. Le bruit des moteurs est perdu dans le claquement de la cape de pluie sous le vent et les glouglous et le flouch de l’eau qui jaillit de partout. Eh beh, ça ne plaisante pas la flotte ici !

On rentre même pas mouillés ! alors à la piscine !

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